Ce projet artistique questionne entre autres nos pratiques consuméristes, dans un contexte capitaliste de plus en plus écocide, où l’espace urbain, vide et froid, étend sa surface au détriment du Vivant. On ressent l’immensité, qui écrase presque le sujet, comme le poids de nos villes déshumanisées, dans lesquelles nous pouvons expérimenter quotidiennement le paradoxe entre une grande promiscuité et la solitude la plus profonde. Dans ces grands espaces vides, le corps immobile et raide apparaît comme un simple objet supplémentaire du décor, délaissé, peut-être même en train de faner ou se désintégrer comme un élément de rebut oublié là… Une chose sans vie, puisque ce modèle de civilisation étouffe et détruit ce qui vit. La faune, la flore, et même l’Humanité, qu’il prétend abriter, mais qu’il prive pourtant de ses besoins les plus essentiels : du calme et de la solitude pour récupérer et s’apaiser; du recul pour apprendre, intégrer et grandir; du contact avec d’autres êtres vivants pour s’épanouir avec humilité, harmonie et sagesse. Le bitume a remplacé la terre et le sable, le bruit du trafic a chassé le chant des oiseaux, les arbres sont vaguement tolérés comme agréments décoratifs, et les rares animaux sont des créatures de petites tailles et captives. Et comme ces derniers, nous sommes victimes et prisonnier.e.s d’un système qui était censé nous protéger (du froid, de la chaleur, de l’obscurité, de la famine…), à l’image des murs de bétons qu’il érige, mais qui pourtant nous empoisonne, avec une ironie sinistre.
A l’image de la Nature (plantes, animaux…) terrassée par ce « mode de vie » -expression qui n’a plus son sens, car il s’agirait plutôt d’un monde de mort-, le corps humain nu git ici dans sa plus pure vulnérabilité, laissé pour compte dans la course au progrès et à la consommation qui le traite avec de plus en plus de cynisme, et semble veiller de moins en moins à son bien-être et sa préservation.
Surtout lorsqu’il s’agit du corps des femmes et des minorités de genres, dont les droits sont de plus en plus menacés dans de nombreux pays du monde (le nôtre ne faisant largement pas exception).
Lucie Cherry
Contrastes nocturnes
Lorsque mon cœur, comme un damier
Ne sait plus s’il laisse passer
Des taches d’ombre dans la clarté
Ou des étoiles dans la nuitée
Souvenirs de dualités
Contrastes un peu surexposés
Retouches comme pour réparer
L’amour qui nie et qui défait
Âme aux cicatrices zébrées
Entre jour et nuit à errer
Quand chiens et loups viennent pleurer
Les cendres d’une éclipse brûlée
Au crépuscule j’ai déposé
Un genoux en ces terres fanées
Sur ma joue, une comète brillait
Suppliant l’aube de se lever
Lucie Cherry
