On trouve aussi, dans ce projet photographique, une dimension plus légère et presque onirique qui, en cette période de l’année où nous célébrons nos défunts, vient imaginer une version urbaine et moderne du « fantôme » et des apparitions surnaturelles. Il est entre autre un clin d’œil au fameux mythe de la Dame Blanche, cette créature issue, selon certaines sources, de l’univers des fées. Elle est connue pour apparaître tantôt comme une âme en peine sur les lieux de son tourment (où sa vie aurait pris fin d’une manière tragique), ou bien comme une sorte de funeste avertissement, dans les endroits où il existerait un danger (pouvant justement conduire à un triste destin). Certains la décrivent donc comme un être bénéfique quoique mystérieux voire inquiétant, qui se révélerait pour prévenir d’un risque potentiel (d’accident notamment, comme l’évoque parfois sa présence associée à des routes et chemins menaçants, pour celles et ceux qui s’y aventurent).

Ce clin d’œil à l’univers fantastique se retrouve dans les poses légères du sujet, figé ici en apesanteur, dans un geste qui ressemble à un envol, à quelques centimètres du sol. Le mouvement gracieux évoque un déplacement, comme si la silhouette n’était que de passage, brève apparition irréelle et incongrue, dont la nudité et la pâleur contrastent avec le décor sombre et urbain, qui lui semble si inadapté. Un instant de poésie quasi onirique qui tranche avec la froideur du bitume et du béton, qui semblent avoir, comme nos sociétés modernes, enseveli la magie et l’irrationnel, que l’Humanité a pourtant toujours décrite dans ses contes, et célébré dans ses cultes et traditions. Comme celles qui entourent parfois encore nos mort.e.s.

Ce mois d’octobre, avec ses célébrations, et la nuit qui gagne du terrain sur les horaires diurnes, est un véritable memento mori. Une période de l’année propice à la réflexion sur le terme de nos vies, les rites qui l’entourent et la place que nous accordons à cette réalité, dans nos quotidiens citadins bien aseptisés et rationnels.

Reste-t-il encore de la place pour croire en ce qui vient après –en-dehors ou en accord avec ce que suggèrent certaines religions ou croyances ?

Peut-on remettre de l’inexpliqué, du surnaturel et même de la magie au cœur de ces royaumes de certitudes et d’habitudes ?

Ne serait-il pas bénéfique de nous rappeler de les bousculer parfois ?

Que viennent dire de nous le succès triomphant, dans la pop culture, d’univers fantastiques portés par le cinéma, la littérature ou les jeux vidéo, si ce n’est que cette dimension de rêve demeure, intemporellement, nécessaire à nos vies ?

Lucie Cherry

Fantôme d’un amour déchu

Mais où s’arrêtent le cauchemar les regrets
Quand le puits noir de ton regard
Hante jusqu’à mes heures éveillées
Si triste et si dur miroir

Comment puis-je entrevoir la paix
Quand m’accable ton souvenir
Dans ce silence lourd et glacé
Où l’espoir n’ose plus fleurir

Retrouverais-je un jour le pardon,
La rédemption et même l’amour
Quand tout ce qu’il y avait de bon
Semble être parti sans retour

Si demain ne se lève pas
Tu trouveras combien je t’aime
Dans ces heures survécues sans toi
Et dans chacun de mes poèmes

Lucie Cherry